dimanche 28 mai 2017

INTERVIEW | GRENDEL French version



GRENDEL






Lorsque vous faites allusion à GRENDEL, la plupart des gens pensent instantanément à la figure mythologique de la saga Beowulf. Pourtant, dans l'industrie de la dark music, cela rappelle en réalité un groupe aggrotech particulièrement apprécié. La réputation de GRENDEL n'est plus à prouver. Tout commence en 1997 sous un autre nom. En 2000, le groupe devient GRENDEL et un premier CD est réalisé. Sous le label Noitekk, le combo néerlandais publie une démo, Inhumane Amusement, peu avant fin 2002, mais surtout l'excellent album intitulé Prescription: Medicine en 2003. Le mélange puissant de voix puissantes, synthétiseurs sur fonds déformés et bruyants est un succès et atteint clairement l'âme des auditeurs. Si de nombreux groupes dans une industrie musicale en expansion à ce moment-là sortent un seul album avant de disparaître, GRENDEL se montre tout à fait différent et continue de mûrir alors que sa popularité continue de croître d'années en années. Dans ce contexte, Harsh Generation EP est probablement l'un des plus grands tournants du combo hollandais qui ne révèle rien d'autre qu'un chef-d'œuvre EBM avec des titres qui combinent des éléments mélodiques et des voix violentes telles que Harsh Generation, The Judged Ones ou le sensuel mais violent Dirty. Depuis, il semblerait que le groupe soit enfin de retour avec de nouveaux sons et un nouvel album. Leur nouvel album peut-il être encore meilleur que les précédents? Et si nous rencontrions directement la tête à penser de GRENDEL, JD Tucker ?

JD, cela fait vraiment plaisir de t'entendre aujourd'hui. Beaucoup d'artistes EBM ou encore Industriels puisent leur inspiration dans leur insatisfaction de la vie. Je suppose qu'il en a été de même pour vous. Dans quelle mesure l'EBM reflète-t-il ou sert-il vos messages musicaux et philosophiques dans GRENDEL?

À la fin des années 90, à l'âge de 15 ans, il va sans dire que mes aspirations, mes motivations et mes insatisfactions / frustrations étaient considérablement différentes de ce qu'elles sont maintenant. Et pour être honnête, c'était il y a si longtemps que je me souviens à peine de ce qui m'a fait réellement inspiré à ce moment-là. Cependant, au cours des années, j'ai constaté que ce genre de musique se prêtait particulièrement bien au besoin de canaliser les préoccupations, la colère ou les craintes que j'avais à l'époque, allant de la politique contemporaine et des problèmes sociaux à des questions plus personnelles.

Beaucoup disent que GRENDEL a mûri, tout comme ses membres. Qui est le nouveau JD? Est-il un homme nouvellement satisfait? Quel est l'impact de tels changements sur le groupe?

Sans aucun doute. Il y a eu beaucoup de progrès, musicalement et philosophiquement. Surtout au cours des cinq dernières années depuis la sortie de Timewave Zero, notamment après avoir déménagé à Londres. Je suis retourné à l'université, commencé une nouvelle carrière alternative en plus de ma musique et fait face à de nombreux défis en cours de route. Tout cela m'a radicalement changé en tant que personne et a influencé ma vision de la vie en général et pour le meilleur. Ajouté à cela, cette évolitution a également changé ma philosophie en tant que musicien. Bien que j'ai toujours préféré faire les choses à ma façon, je me suis rendu compte des trop grandes préoccupations inconscientes que j'avais quant à la façon dont les autres percevaient autour de ce que je faisais, ce qui a grandement entravé ma croissance musicale pendant un temps. Je travaille maintenant de façon impulsive, en s'appuyant sur toutes les influences personnelles et professionnelles, ce qui amène de bons résultats et beaucoup plus de plaisir et de satisfaction durant le processus même de création artistique. Vous arriverez toujours à trouver des gens qui partageront votre vision et vos désirs ou qui y seront ouverts de toutes manières. Ce sont ces gens-là qui comptent vraiment. Enfin, je pourrais dire que j'ai fait preuve d'une plus grande discipline et d'un plus grand professionnalisme vis-à-vis de la façon dont nous travaillons en tant que groupe aujourd'hui.

En parlant de cela ... Si la dark music émane de la colère et de la frustration, penses-tu qu'un homme heureux a toujours les talents requis à la création d'EBM ou de musique industrielle?

Absolument. Peu importe la façon dont vous menez votre vie, au fond, il y aura toujours une flamme qui brûle. Plus qu'être devenu un homme heureux, vous avez en réalité mieux gérer cette flamme afin qu'elle ne vous consume pas. Malgré tous les progrès personnels positifs que j'ai mentionnés, il y a encore assez de déboires dans le monde pour alimenter ce feu. Et soyons honnêtes, en lançant vos chaussures à la fin de la journée, la tête en arrière sur le dossier sur votre fauteuil, verser un verre et lever un doigt à toutes ces choses désastreuses est l'un des plus grands plaisirs de la vie. C'est nécessaire et sain à la fois. Il faut avoir une sacrée fuck off attitude pour arriver à gérer tout cela, encore plus lorsque vous êtes dans l'industrie EBM ou de la musique industrielle.

Vous avez déjà révélé que GRENDEL s'inspirait de la littérature et les films. Quels livres ou films a réussi à attirer ton attention ces derniers temps?

Depuis l'album Timewave Zero, je me suis quelque peu distancé des sources primaires de la science-fiction. Les principales inspirations aujourd'hui seraient les travaux de Peter J Carroll, Joseph Heller, William Gibson et Robert Anton Wilson. En ce qui concerne les films ou les spectacles, je tire mes influences de trucs comme Kafka, The Prisoner, Judgment At Nurenberg, The Keep, Holy Mountain, Satyricon de Fellini, Ex Machina, le travail d'Adam Curtis et divers documentaires.

Le mouvement Cyberpunk traite principalement de l'idée de destruction humaine par la technologie et le pouvoir des sociétés ultra-civilisées sur les simples êtres humains. Pourtant, avec le temps, on voit que les machines pourraient également être l'arme la plus efficace pour que les gens puissent combattre ces conglomérats. Les machines offrent de nouvelles opportunités pour le travail, les échanges culturels, les nouvelles perspectives de vie. La technologie elle-même est-elle encore vraiment la menace aujourd'hui? N'avons-nous pas dépassé le concept de peur de la technologie pour l'embrasser et battre les sociétés sans foi ni loi à leur propre jeu? Peut-on parler d'un mouvement post-dystopique en hausse?

Je pense que le plus gros problème auquel nous sommes confrontés aujourd'hui et que nous nous devons, à juste titre, craindre sont les conséquences de la façon dont nous interagissons avec le monde et les uns avec les autres à travers les médias sociaux. Nous vivons, divisés, dans nos propres chambres d'écho idéologiques, dans des sortes de bulles. Cela signifie qu'il est plus facile d'avoir des informations sélectionnées pour nous, au moyen d'algorithmes, et ensuite être convaincus que nous percevons la vérité ultime sur les questions. Cependant, lorsque les choses ne se révèlent pas être ce que les hommes pensaient vrais, ils perdent confiance et foi dans le monde et estiment qu'ils ont été lésés, également inconscients d'une autre majorité possible qui reçoit une autre «réalité » complètement différente, d'où la division. D'une certaine manière, nous avons échappé à la réalité, alors que le monde réel en dehors de nos «bulles» a continué. J'ai également souligné que l’hyper-individualisme provoqué par les médias sociaux a conduit à cette resurgissement de la mentalité des années 80. Si vous êtes dans l'ère du numérique, dans un monde numérique où tout est basé sur des estimations de l'approbation de l'ego, il n'est pas étonnant que vous sentez que vous devriez recevoir une sorte de récompense dans le monde réel pour faire le bon choix. Une fois que vous découvrez que ce n'est pas le cas, la tendance est d'opter pour cette «réalité» hyper-individuelle numérique et de complètement passer à côté des véritables bijoux que la vie a à offrir. Cela dit, je comprends bien sûr les nombreux avantages des médias sociaux. C'est une épée à double tranchant et je dois préciser que je refuse de jouer le jeu de blâme à propos des «la génération Y» (NB : La génération Y est la génération dite du Millénaire, des temps du numérique soit entre les années 80 et 99). C'est une connerie de vieillard chercheur de problèmes à mes yeux car les problèmes auxquels nous sommes confrontés vont bien au-delà d'un groupe d'âge ou une génération uniques.



Parlons maintenant de votre prochain album. Quelle direction prendra-t-il? En comparaison avec Harsh Generation ou Timewave Zero? Des détails ou une anecdote à révéler à ce sujet?

Comme indiqué précédemment, mes influences sont de plus en plus éclectiques et impulsives. Celles-ci vont des années 80 à début des années 90 EBM / Industriel / Coldwave / Postpunk à la musique folklorique, à la musique de chambre, au cinéma, à la musique médiévale, à l'ambient ou à la musique du monde. J'ai également pris un certain recul, et consciemment, vis-à-vis du genre EBM/aggrotech afin d'en éviter les écueils et ai opté pour de nombreux sons organiques et uniques. Cela a été fait grâce à l'utilisation de matériaux et d'instruments multi-échantillons (note par note, vitesse par vitesse), l'utilisation de diverses formes de synthèse (analogique / modulaire et numérique), combinant des technologies anciennes et nouvelles et créant des sons propres, en minimisant l'utilisation de presets. Je dirais que l'un des choix les plus efficaces était d'éviter totalement l'utilisation de tout «sommet» ou «rave», qui a été trop commun dans le genre et surtout dans l'«Electronic Dance Music». Cela a ouvert les portes à une sonorité plus riche et à des alternatives beaucoup plus intéressantes et je ne trouve même pas que cela manque dans aucun des morceaux. Rythmiquement, c'est aussi beaucoup plus aventureux et j'ai donné à la musique plus d'espace pour respirer et se ressourcer.






Est-ce que Age Of The Disposable Body sera vraiment le nom choisi pour ce nouvel album? D'ailleurs, JD, que signifie le titre ?

Le titre de l'album se réfère à deux choses. Premièrement, la montée de la «main-d'œuvre jetable», les compressions budgétaires sociales sous les gouvernements conservateurs et la classe moyenne disparaissant, entraînant une baisse du niveau de vie, tout en se transformant par diverses tactiques. D'autre part, il se réfère à la nécessité de mettre moins l'accent sur notre avidité physique superficielle imposée, la peur et la vanité (distractions) et de trouver une force personnelle sur un plan spirituel et mental (non organisé). La nécessité de s'élever au-dessus de l'engourdissement, d'être éclairé et informé. (NB : le français ne saurait rendre justice au jeu de mots plein d'esprit de JD 'enlightened and enlighten')



Outre l'album, avez-vous des projets de tournée dans un proche avenir?

Nous reviendrons à partir de septembre, en commençant par Rotterdam aux Pays-Bas, dans le cadre du festival Baroeg Open Air, puis nous irons à Chemnitz en Allemagne et à Oslo en Norvège avec plus de dates à suivre (j'espère en France aussi). De plus, nous travaillons sur la prochaine tournée nord-américaine prévue pour le printemps 2018 et qui devrait être assez vaste. Nous sommes très heureux de reprendre la route et de révéler très bientôt le tout nouveau Age Of The Disposable Body!

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(c) Demona Lauren
for VerdamMnis Magazine

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